Triat le communard

Je viens de trouver sur internet un extrait du journal officiel de la commune de Paris en 1871. C’est un merveilleux document où le « Gymnasiarque citoyen » Hippolyte Triat devient le formateur officiel des professeurs de gymnastique. Je partage avec vous ce document ainsi que la bio de Triat extraite des « rois de la force », livre écrit par le créateur de la culture physique : Edmond Desbonnet.
C’était une époque où la culture physique portait un idéal de société.
MAIRIE DU VIIIe ARRONDISSEMENT – Corps des gymnastes. Il est établi, sous la direction et le commandement du citoyen Hippolyte Triat, gymnasiarque, un corps spécial de gymnastes, destiné à former des professeurs de gymnastique civile et militaire pour les écoles et les armées citoyennes. Les élèves devront être âgés de seize à vingt ans. Ils sont admis et inscrits dès à présent au gymnase Triat, avenue Montaigne, 55, et seront immédiatement exercés à différents cours de gymnastique proportionnels à leur âge. Aux effets de l’organisation régulière et de l’administration du corps des gymnastes dont s’agit, il sera fondé un gymnase-école, pour lequel la caserne de la Pépinière est dès à présent et provisoirement attribuée. Les élèves du gymnase-école seront choisis parmi tous les élèves de 16 à 20 ans, dont les aptitudes au professorat auront été reconnues. Se faire inscrire dès à présent au gymnase Triat, avenue Montaigne, 55, Champs-Élysées, où les élèves trouveront l’indication des cours, qui vont être immédiatement commencés. Ces cours, étant faits sous le patronage de la municipalité du 8e arrondissement, seront entièrement gratuits. Le maire du 8e arrondissement, JULES ALLIX.
Extrait de “Les rois de la force” Librairie Athlétique, Paris, 1911 – E.Desbonnet
«Hippolyte-Antoine Triat est né à Saint-Chaptes, près de Nîmes en 1813; il était le dernier d’une famille nombreuse et perdit ses parents à l’âge de quatre ans. Âgé de six ans il est volé un jour de foire par des bohémiens qui le donnèrent ou vendirent à une troupe d’artistes italiens, à Nice. Il resta avec eux pendant près de sept ans, voyageant en Italie, en Autriche, Espagne. Triat, habillé en fille, faisait dans la troupe le travail de danse de corde sous nom de la jeune Isela. En 1825, la troupe se disloqua et il resta avec un Espagnol nommé Consuelo, qui faisait, avec deux de ses fils, un travail de poids et de poses plastiques sous le nom des Alcides. Triat, mis à ce travail, y réussit si bien que peu après, sous le surnom de l’Infant, il était connu dans toute l’Espagne, quand un accident, à Burgos, en 1828 (il eut la jambe gauche brisée d’un coup de pied de cheval qui s’était emporté et qu’il arrêta), le força à y rester pendant longtemps; la personne qu’il avait sauvée, Mme Montsento, s’occupa de lui, et après sa guérison le mit en pension au collège des Jésuites de Burgos, ou il resta jusqu’à l’âge de vingt-deux ans. Il trouva dans la bibliothèque du collège plusieurs livres anciens ou il était question des exercices des gymnastes grecs et latins. Parmi ces livres se trouvait l’ouvrage de Mercurialis, celui de Plexotis, d’Andry, une traduction en espagnol du fameux Traité de l’Art de sauter, par le chevalier Capriani, qui fut le professeur des fils de François 1er.
Triat fut le professeur de ses condisciples et commença alors à préparer son plan d’Éducation physique. Lorsqu’il quitta Burgos en 1834, il reprit son métier d’artiste et d’athlète: il avait créé un nouveau travail de poses auquel ressemble du tout au tout celui de Sandow; une partie de ses exercices se faisait à une colonne tournante où suspendu par une main, par les pieds, par la mâchoire, il enlevait des chevaux, des hommes: il eut avec cela un immense succès en Espagne, en Angleterre et en Belgique. En 1849, il vint installer à Paris, 55-57 avenue Montaigne, un superbe gymnase qui eut une vogue immense. Sa méthode nouvelle, ses exercices de gymnastique scientifique furent tout de suite en faveur, il eut comme clients toute la haute société parisienne – [Féval et Vallès, entre autres fréquentèrent aussi le gymnase Triat].
Son gymnase avait exactement 40 mètres de long sur 21 de large et 10 mètres de haut, il y avait une collection complète d’agrès, d’haltères, de barres à deux mains, de massues et d’engins de toutes sortes. Sur le fronton du gymnase se trouvait inscrit: Régénération de l’homme.
Durant la Commune, Triat prêta son gymnase pour des réunions, à l’initiative de Jules Allix il est nommé directeur des exercices gymnastiques de la ville de Paris. Prisonnier des Versaillais, il est interné peu de temps, il revient à Paris au mois de juillet 1871.
Il meurt le 11 janvier 1881. Il est inhumé le 13 janvier au cimetière Montmartre dans le tombeau de la famille Allix.»
Desbonnet, Les rois de la force, Librairie Athlétique, Paris, 1911 – coll. S. Laget.

Publié dans Wall of fame

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